— mars, 23 2021

"La télésanté permet d’apporter de la simplification et de la fluidité dans les parcours de soins et de santé"

"La télésanté permet d’apporter de la simplification et de la fluidité dans les parcours de soins et de santé"

Dans cette interview croisée, Marie-Laure Saillard, CEO de MesDocteurs et Dr. Clément Goehrs, co-fondateur et CEO de Synapse Medicine, reviennent sur l’évolution de la télémédecine en 2020.

La crise sanitaire a accéléré l'utilisation massive de la télémédecine. Quel bilan dressez-vous de l’année 2020 ?

Dr. Clément Goehrs :

Avec la crise du COVID-19, l’usage de la télémédecine a effectivement explosé en quelques mois. Les plateformes de télémédecine ont donc fait face à un important afflux de téléconsultations en l’espace de quelques semaines. Pour illustrer cette augmentation sans précédent, la Caisse Nationale de l’Assurance Maladie (CNAM) a enregistré 75 000 téléconsultations en 2019, contre 1,9 million en 2020. Cette année, la télémédecine a une nouvelle fois prouvé son fort potentiel, car elle a notamment permis à tous de bénéficier d’un accès facile aux soins sans contrainte de temps ni d’accessibilité géographique.

Marie-Laure Saillard : 

Toutes les crises accélèrent les innovations et leurs usages surtout quand elles viennent lever des freins. Celle que nous traversons a fait faire un bond à la télémédecine dans toutes ses dimensions : téléconsultation, télésurveillance et aussi télésoin. On a plus avancé en un an qu’en 10 ans. Ces avancées profitent à tous les professionnels de santé, aux médecins mais aussi aux professions paramédicales, aux patients bien entendu et aux opérateurs de télémédecine dont les solutions étaient prêtes depuis un moment. Ce déploiement à grande échelle a donné à chacun sa propre courbe d’expérience permettant de mesurer concrètement sa valeur ajoutée à l’accès aux soins et aux pratiques médicales. Enfin, cette crise sanitaire a permis d’accélérer la nécessaire transformation de notre système de santé en favorisant notamment la coopération entre les acteurs (autorités sanitaires, professionnels de santé, start-up et industriels) dans un paysage jusqu’alors très cloisonné.

En fin d’année, la France a fait face à une seconde vague épidémique et un deuxième confinement. Quels impacts avez-vous pu en mesurer ?

Dr. Clément Goehrs :

Encore plus loin que l’adoption de la télémédecine, les Français ont été demandeurs de solutions numériques de santé notamment sur les médicaments pendant la pandémie. Nous avons pu le mesurer via notre plateforme web covid19-medicaments.com, que nous avons développée dès mars 2020 : au moment de la deuxième vague de l’épidémie, il y a eu une recrudescence de l’utilisation de la plateforme covid19-medicaments.com avec un pic en novembre lors du deuxième confinement.

La plateforme covid19-medicaments.com a été développée en collaboration avec des acteurs institutionnels tels que la Société Française de Pharmacologie et de Thérapeutique, le Département Hospitalo-Universitaire de Pharmacologie de Bordeaux et le Réseau Français des Centres Régionaux de Pharmacovigilance. Elle permet de vérifier si un médicament comporte un risque d’aggraver les symptômes de la COVID-19 et a aidé à date plus d’un million de personnes. Je pense qu’au-delà de la forte adoption de la télémédecine, 2020 a également été l’année d’une prise de conscience globale sur le bon usage du médicament.

Marie-Laure Saillard : 

Chez MesDocteurs, nous avons vu venir cette deuxième vague dès le 15 septembre. Le nombre de téléconsultations liées à la COVID-19 était significativement à la hausse après le creux de l’été, nettement au-dessus qu’en plein mois de novembre. Il faut dire que le contexte de ce deuxième confinement a été vraiment différent du premier d’un point de vue sanitaire : la médecine de ville était plus accessible et les urgences moins saturées. Pour autant, pour plus de 11% de la population vivant dans des déserts médicaux, l’accès rapide à un médecin restait et reste très problématique. On mesure ainsi toute la contribution des services de téléconsultation financés par des tiers (assurance santé, entreprises …) en complémentarité aux parcours de soins. C’est 1 Français sur 3 qui a aujourd’hui accès à notre service de téléconsultation en 24/7 sans rendez-vous de MesDocteurs.

Quelles sont les mesures légales nécessaires pour favoriser le développement de la télémédecine en France ?

Dr. Clément Goehrs :

Pour permettre à la télémédecine de continuer à innover et de s’inscrire encore plus dans le parcours de soins des Français, il semble pertinent de poursuivre les  actions engagées, visant à favoriser le remboursement des téléconsultations. Cela va notamment permettre à tous d’accéder facilement aux soins et de répondre à la pénurie de praticiens dans certains de nos territoires. L’enjeu est donc d’inscrire durablement la télémédecine dans le système de santé des Français.

Marie-Laure Saillard : 

Pour inscrire la télémédecine dans les parcours de santé et soins, il faut la sortir du no man’s réglementaire. Des mesures dérogatoires ont été prises par les autorités sanitaires depuis l’année dernière. Elles prendront bientôt fin. Le cadre très contraint des avenants à la convention médicale signés avant la pandémie empêche que ses effets jouent à plein aux bénéfices de notre système de santé. C’est un point clé des discussions des négociations conventionnelles qui ont été suspendues à la fin de l’année et reprendront au printemps.  L’accès aux soins de premier recours sur les territoires sous-denses n’est pas stabilisé et bien trop complexe à interpréter. Et pour prendre un autre exemple, le télésoin infirmier est lancé depuis un an mais au delà du télésuivi pour les patients covid+, on attend encore les codes actes pour déployer les projets. La télémédecine ne doit pas rester une médecine de gestion de crise sanitaire. Elle est très complémentaire de la médecine présentielle et facteur de progrès pour tous. Il faut à présent identifier ensemble et en confiance les parcours auxquels elle apportera toute sa valeur ajoutée dans la durée.

Post COVID-19, la télémédecine va-t-elle selon vous s'installer de manière durable dans les usages des Français ?

Dr. Clément Goehrs :

La télémédecine est une réponse concrète aux enjeux de santé dans notre pays et notamment sur la problématique des déserts médicaux. Pour qu'elle puisse s’inscrire de manière pérenne dans notre système de santé, j'y vois une nécessité d'y créer un cercle vertueux composé de trois axes. Le premier est de continuer la pédagogie auprès du grand public sur le service médical rendu généré par la télémédecine, mais également sur la transparence et la garantie de sécurité. Le deuxième axe consiste à favoriser un cadre réglementaire clair incluant le remboursement des actes. Enfin, et c’est pour moi essentiel, le troisième axe concerne l'accompagnement des professionnels de santé dans l'intégration d'outils d'aide à la pratique médicale personnalisée en fonction des spécialités.

Ces trois axes vont donc permettre d'augmenter le recours à la télémédecine par les Français et de s'inscrire pleinement dans la réforme nationale Ma santé 2022.

Marie-Laure Saillard : 

Cette crise sanitaire a permis de faire décoller les usages de la télémédecine. Sa pratique a permis de lever les craintes. Au-delà du contexte réglementaire que nous venons d’évoquer, il faut à présent accompagner les patients et les professionnels de santé avec beaucoup de pédagogie et de réassurance pour soutenir les usages. La télésanté permet d’apporter de la simplification et de la fluidité dans les parcours de soins et de santé qui sont souvent complexes vus des patients. Elle apporte de vrais leviers de coordination et d’efficacité aux professionnels de santé. Les travaux d'interopérabilité engagés par les pouvoirs publics dans le cadre de #MaSanté2022 vont également beaucoup contribuer à cette transformation. On parle malheureusement trop souvent de technologie quand on parle de télémédecine mais pour moi c’est avant tout un vrai changement sociétal et culturel, une vraie révolution de la pratique médicale et de la relation soignant/soigné dans laquelle nous devons nous engager ensemble.

Retrouvez plus d'informations sur le site MesDocteurs.com

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